Théâtre Alcyon


Saison 2011 /2012
Les activités du Théâtre Alcyon se déroulent au Fort de Chaudanne Chemin du Fort de Chaudanne
25000 Besançon
03 81 83 06 48

Caractéristiques reconnues du Théâtre Alcyon :

- faire aimer le théâtre à ceux qui ne l'aiment pas !

- susciter l'étonnement, puis l'adhésion d'un public sans grandes références culturelles.

- présenter des œuvres originales dans des contextes, des lieux, qui les rendent accessibles.

Ainsi nous pratiquons souvent le théâtre dans des lieux atypiques, non conçus pour le théâtre. Nous proposons des spectacles-parcours. La déambulation est propice à la réflexion, au plaisir de participer physiquement à un voyage. C'est une manière de développer la perception sensible du spectateur, de lui faire découvrir les richesses qui l'entourent.


Ces choix impliquent certaines contraintes :

Par exemple, le nombre de spectateurs doit être limité. Plus que la quantité, l'important est alors dans la qualité de la rencontre. Celle-ci suppose une adresse directe au public.

Dans des lieux patrimoniaux les surcharges décoratives sont souvent absurdes ou ridicules.

Les éléments scéno-techniques sont systématiquement minorés au profit des acteurs et du jeu scénique.

Pour Alcyon, le théâtre n'est pas un art conceptuel. Sa pratique est ancrée dans la vie, les espaces réels, les incertitudes de la pensée et de l'imagination.



PROJET DE CREATION 2012


Fables et fantaisies


Ce spectacle-fable réunira des textes du monde entier et de tous les temps : de la Bible à Bouddha, de Job à l’économiste J.K.Galbraith, de Jonathan Swift au réalisateur Kurosawa…


Vu l’importance de notre projet 2012, ses ambitions, nous avons fait le choix de rassembler nos forces, de concentrer nos moyens. Tous nos stages, ateliers seront réunis sous le chapeau d’une Résidence annuelle dans la perspective d’une création en trois temps : printemps, été, automne…


  1. - Printemps : 6 représentations à Chaudanne (14 au 20 avril 2012)

  2. - Été : 18 représentations à la Citadelle de Besançon (2 au 22 juillet 2012)

  3. - Automne : 8 représentations à Chaudanne (17 au 27 septembre 2012)

D’autres perspectives sont à l’étude et déborderont sur l’année 2013.


Cette création professionnelle mêlera des compétences et des énergies multiples. Nous associerons dans le projet ceux dont le théâtre est un important moyen d’expression (comédiens amateurs) et ceux dont le théâtre est l’identité d’une vie. L’art théâtral a de tout temps été à cette frontière et s’enrichit de cette confrontation.

C’est autour d’une thématique très actuelle, la pauvreté, le dénuement, que nous donnerons forme à une épopée philosophique, politique mais aussi humoristique, onirique.

Aucun didactisme ne doit alourdir notre projet. Au contraire, nous n’aurons pour objectif que d’intéresser un public libre de préjugés, de réfléchir avec lui sans pédanterie, de rire du monde et de nous-même.

Patrick Melior

Adresse postale :
Théâtre Alcyon
1, rue de la Cassotte
25000 Besançon

03 81 83 06 48


La Citadelle, un soir...


Mise en scène, scénographie et adaptation des textes de Léonid Andréïev :

Patrick Melior.
Avec : Catherine Clerc, Stéphanie Renaud, Jean-Pierre Bolard, Loïc Reiter...
Régie : Philippe Breton, Guy Pothier, Bernard Auclair.

Représentations à 20 h 30 et 22 h

les jeudis et vendredis du 14 juillet au 26 août 2011.


Comment un lieu de guerre, de violence jusque dans les angles de son architecture, peut-il devenir un lieu de paix, de beauté, de liberté ? C'est dans le plaisir de cette rencontre que s'inscrit notre spectacle.

S'inspirant librement de l'auteur russe Léonid Andreïev (1871 - 1919) nous avons composé dans " Alcyon en liberté ", un ensemble de textes dont les contenus sont étonnament liés à notre temps.

Autour d'un thème central qui est " la liberté ", se déclinent les thèmes de l'enfermement, des frontières mais aussi de l'animalité et de l'humain, de la nature sacrifiée...( Au Jardin Zoologique : Le Tigre, Les Aigles... )

A la dureté d'un monde de pierre, de murs, de barreaux, de portes... s'opposent chez Andreïev le sourire d'un enfant devant un animal, la joie d'une petite fille dans un zoo. Le bonheur est dans l'infiniment petit, dans cette simplicité là. ( La fillette et le phoque... )

Dans Jour de colère Andreïev donne la parole aux morts, aux fusillés, aux victimes des cataclysmes. On y trouve des descriptions hallucinantes mettant en scène les forces indomptables de la nature.
Enfin il y a les fantaisies pleines d'humour de Vassia le petit veau , du Géant , du Monsieur important qui ne voulait pas mourir... Ce sont aussi des hymnes à la vie, au désir de vie...

Patrick Melior


Géronimo :
Ce chant de liberté je l'ai composé comme j'ai pu, moi, Géronimo, bandit sicilien, assassin, voleur, criminel. Après l'avoir composé, j'ai voulu le chanter d'une voix forte, comme on le fait des beaux chants, mais le geôlier ne me l'a pas permis. Le geôlier a les oreilles hérissées de poils, leur conduit est étroit et étriqué : il est fait pour les paroles mensongères et tortueuses qui savent ramper sur le ventre comme les créatures les plus viles. Mes paroles à moi foncent droit devant elles, elles ont la poitrine robuste et le dos large. Ah, comme elles la déchiraient, comme elles la meurtrissaient, l'oreille poilue de mon geôlier ! "Si l'oreille est fermée, cherche un autre moyen d'entrer, Géronimo !" me suis-je dit amicalement. J'ai réfléchi, j'ai inventé et j'ai trouvé, parce qu'il n'est pas bête du tout, Géronimo. Et voici ce que j'ai trouvé : une pierre. Et voici ce que j'ai fait : j'ai gravé mon chant sur la pierre. J'ai enflammé le cœur froid d'une pierre.(...)

Extrait de Jour de colère


"Mais l'oxygène ! l'oxygène ! Tu comprends, tigre, tout ça, c'est nécessaire, l'oxygène. Ce n'est pas rien, l'oxygène !" Mais il ne comprend pas. Il ne me regarde pas. Comment un tigre pourrait-il s'évader ? Bon, imaginons que le gardien ait trop bu et qu'il ait oublié de fermer la cage, vers le soir, justement, quand il n'y a plus personne dans le jardin. Et ensuite ? La rue. Non, c'est impossible : que pourrait-il faire dans les rues avec la tête qu'il a ?

Extrait de Jardin Zoologique



Réflexions de Bernard Bouteille,
Maître de conférences,
à propos du spectacle "LA CITADELLE , UN SOIR..."
création du Théâtre Alcyon,
à Besançon, en juillet et août 2011.


De l’art de Patrick Melior et du Théâtre Alcyon
dans l’invention d’une forme théâtrale inédite


Je n’en reviens pas, moi qui avais assisté aux répétitions, avais certes vu les comédiens rechercher et créer en funambules obligés une ligne de jeu adéquate et fragile, la seule possible, mais pour un spectacle qui peinait à se trouver.




1ère question :

Comment accorder à chaque texte - si dense - et à chaque spectateur un temps de résonance, de retentissement ? Sinon la frustration menaçait d’être grande. J’avais imaginé un café-théâtre avec des « blancs » (!) ou des « noirs » (!) pour respirer, ou une formule qui alternerait textes et plages musicales (avec peut-être 2 ou 3 musiciens). J’en avais parlé à Patrick.


A La Citadelle, plus de problème. J’ai tout de suite pensé que l’itinérance entre deux textes était là comme solution, par la « ré-création » qu’elle permettait. J’en suis beaucoup moins sûr aujourd’hui. J’estime que l’intelligence profonde du texte par le spectateur - qui, aux répétitions, nécessitait un 2ème temps, de retentissement, après le 1er temps, celui de l’écoute - s’accomplit aujourd’hui totalement pendant la profération du texte à la citadelle. Il y a là un phénomène, beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît, et qui appellerait de plus amples réflexions sur la combinatoire dont il résulte. Citons en vrac quelques éléments :


- Le jeu, et partant la diction du texte, sont plus forts : sans doute parce que le comédien livre un combat pour l’adhésion d’un spectateur physiquement plus proche et moins gagné d’office que dans un théâtre, spectateur dans le regard duquel il évalue seconde après seconde le résultat de ses efforts ! (ce que m’a dit un comédien, Loïc Reiter) ;

- Les choses capitales dont on parle, à savoir les « référents », sont présentes, physiquement, visibles (le ciel, la prison,…) ou proches (le zoo, la ville qui deviendra visible lors de la promenade) ;

- La mobilisation physique du spectateur joue aussi un rôle dans l’écoute : le spectateur, après avoir marché, et avant de marcher encore, s’arrête pour une scène, debout ou souvent assis ; et puis, comme il ne s’agit pas de théâtre de répertoire, la déambulation prend un aspect de « quête de pochettes-surprise de scènes » ;

- Également, le rapport scénographique et théâtral changeant, modulant une relation particulière pour chaque scène : par exemple, comment le surplomb limité et renvoyant à un hors champ où doit se trouver Pétia, autorise un récit semi-confidentiel aux spectateurs regroupés debout ; et comment ce surplomb va s’allonger et se refermer en fossé ou fosse critique envers les spectateurs attablés, avec inversion du rapport traditionnel, ceux-ci devenant le spectacle pseudo-animalier faisant l’objet d’une évaluation peu amène par un « acteur-personnage » ;

- Un espace réel, nocturne, souvent ouvert, favorable au retentissement intérieur des gestes et des paroles, en ce qu’il équilibre la lumière et l’obscurité, le donné à voir en présence et cette absence, cette vacuité, si propice à la réception que procure le noir.


Bref, chaque scène avec son texte si dense a désormais, à la citadelle, son impact profond dans l’instant, et les quelques minutes de déambulation qui suivent sont largement suffisantes au spectateur pour une première assimilation en marchant.


Ce qu’il faut préciser aussi, c’est qu’à partir du moment où le spectateur est averti qu’«il n’y a pas à proprement parler d’histoire », sa disponibilité est différente car elle n’engage pas le futur proche. Le spectateur est tout au moment présent d’une « vision poétique », prêt à s’en imprégner le plus possible, car quitter son lieu sera comme tourner la page pour un autre lieu et une autre vision envers lesquels le déplacement lui permettra de reconstituer sa disponibilité.




2ème question qui se posait pendant les répétitions :

celle de la cohérence du spectacle. Le problème était double : des textes de registre différent (certains nettement théâtraux, ou théâtralisables, d’autres porteurs d’une inquiétante étrangeté, etc.) ; des textes ni vraiment disparates ni relevant d’un seul thème (même la « solution » d’un spectacle en deux parties « Le zoo » et « Apocalypse/Jour de colère » n’était pas satisfaisante, « le zoo » ne renvoyant qu’à une étiquette référentielle et non à une unité thématique, et d’autres textes - comme Vassia, le petit veau - restant sur la touche).


A la citadelle, tout change : une réelle cohérence prend corps. Disons, en première approximation - car, sur ce point également, une recherche détaillée devrait être faite - , grâce à l’harmonie de trois configurations :


- un jeu de résonances « texte – texte »,

- un travail plastique de mise en scène et un faufilage créateur « texte – objet », par exemple sur les déclinaisons du cube ou de la boîte hexaédrique : caisse du cercueil, encadrement étalon de l’envergure de l’âme, cage humaine, tabourets carrés-coffrets-urnes dans une « image physique réelle » de ce qui aurait pu être un rendez-vous champêtre de vivants sous la ramure d’un arbre, mais qui n’en est que l’inversion jusque dans l’usage des roses rouges,

- et un itinéraire spatial et symbolique, scénographique, très méticuleux dans ses ambiances depuis le passage initiatique du pont, avec des resserrements ou des dilatations soudaines de l’espace (espace intérieur religieux éclairé de la chapelle, espace surréel nocturne de la grande cour), jusqu’à la promenade finale sur les remparts - d’où l’on va jeter un regard nouveau sur la ville, la vraie, la ville et ses maisons, après leur évocation inquiétante dans plusieurs scènes - et la descente vers le « tableau » magrittien sous l’arbre que je viens d’indiquer.


Remarquons bien que cette « prise de cohérence » des textes n’est pas due en soi au contexte de la citadelle, à savoir que « Jour de colère » est joué sur le lieu même de la prison et des fusillades de résistants ou que « Le tigre », comme d’autres textes, est mis en scène au plus près du zoo. Que gagne ce spectacle à se dérouler dans ou tout près des lieux qu’il évoque ? Une fois de plus, je ne peux tenter qu’une réponse partielle, en faisant un petit détour par une comparaison sémiologique. Pourquoi la photo d’un enfant qui meurt de faim est-elle encore plus émouvante et insoutenable que le dessin représentant un enfant qui meurt de faim ? Parce que la photographie implique un être vivant, réel, qui a été devant l’appareil photo, et que, du coup, cette image renverra toujours à cet être vivant qui a existé et dont l’existence physique a irradié la surface sensible de l’appareil. Du coup, le "prof de sémiologie" qualifiera la photographie de signe à la fois iconique (parce qu’il y a ressemblance) et indiciel (parce que ce signe résulte effectivement d’une empreinte physique de réel). – Petite différence du spectacle avec la photo : les signes des êtres vivants ne sont pas indiciels en eux-mêmes, ils vont d’une certaine façon le devenir dans le trouble, le « jeu » fiction-réalité par une mise en présence.

En effet, les signes des êtres vivants du spectacle dit La Citadelle, un soir…ne sont pas - comme souvent au théâtre - des signes « simplement » symboliques. Leur sens, leur valeur symbolique, sont chargés du poids d’existence réelle que leur confère par le contexte la référence à des êtres vivants précis :

- les résistants disparus exécutés à la citadelle,

- les hommes présents pas-si-loin-des-animaux que sont les spectateurs du spectacle,

- les êtres animaux invisibles-mais-tout-prés du zoo, tellement près que l’on entend parfois les cris de certains, qu’on sent leur présence,

- les hommes invisibles mais-présents-derrière-les-murs que sont les habitants de Besançon, dont on peut voir les boîtes plus ou moins sophistiquées depuis les remparts de la citadelle.


C’est donc de l’émotion que gagne ce spectacle à être joué à la citadelle. De l’émotion et, osons le mot puisqu’il semble juste, du sacré. Ce qu’il y a de sacré dans toute existence, humaine comme animale.


Le montage théâtral de ces textes de Leonid Andreïev à la citadelle nous interroge donc, poétiquement et non didactiquement, avec cette acuité sémiologique que j’ai essayé de faire valoir :


Qu’en fais-je,
de ce sacré
de l’existence,

pour moi-même ?
pour les autres hommes ?
pour les animaux ?

Bernard BOUTEILLE, août 2011