Passacaille

Un voyage...
La structure générale du spectacle est celle d’un voyage. Suivant les lieux, le public fait physiquement ou métaphoriquement le déplacement. A la manière de Dante dans la Divine Comédie , il est accompagné d’un guide et fait de multiples rencontres. Chaque rencontre est spécifique. Elle met en scène un personnage, un destin. La rencontre peut être rapide, furtive ou se développer. Le destin peut être tragique, comique ou tout à la fois. La poétique du lieu conditionne nos choix de mise en scène. D’un lieu à l’autre nous conjuguons différemment l’espace et le temps. Pour chaque lieu nous proposons une matière textuelle spécifique. L’écriture du spectacle évolue, se développe, se transforme en s’adaptant physiquement au terrain.
...des personnages
Le centre de notre travail dramaturgique est le personnage. Il s’agit d’élaborer une écriture scénique à partir de personnages rencontrés dans la vie réelle comme dans la vie imaginaire d’un roman ou de tout autre forme écrite. Par jeu nous arrachons le personnage à son auteur, nous le sortons de son contexte, de son territoire, par jeu nous faisons l’expérience de son exil en prolongeant sa vie ailleurs, en un autre temps, en un autre espace. Beckett, Dante, Joyce, Dostoïevski, Andréïev etc..., ne sont pas si lointains. Nous nous accordons la liberté de jouer avec eux. Par jeu nous relions les œuvres, métissons les formes, les écritures. Ainsi au fil de nos lectures, de nos vagabondages, nous choisissons d’extraire, de retenir de nos rencontres, certains personnages. Pas les personnages principaux, plutôt les petits, les inconnus, les oubliés de l’histoire, les inaperçus.
Ces croisements de destins donnent lieu à des filiations imaginaires, à une généalogie fantastique, à des anachronismes volontaires. Telle âme perdue dans la tourmente dantesque retrouve le corps de tel pauvre hère de notre quotidien. Tel autre vagabond beckettien converse avec le roi Lear… Et ainsi de suite jusqu'à former une cohorte, une danse macabre et joyeuse, comme cela figure aux murs des églises.


Les apocalypses secrètes de toute vie sont des spectacles sans spectateurs, des "Fins de partie" sans mise en scène. Pourtant nous voulons parler de ces intimités là.


Sa ligne de conduite était donc claire à présent. Il armerait son esprit de rire... Belacqua

Dante et Beckett
Dans la Divine Comédie, au chant IV du Purgatoire, parmi les “indolents”, Beckett rencontre un personnage qui va marquer toute son oeuvre. Belacqua préfigure “l’épuisement” que l’on retrouve dans tous les personnages beckettiens. Mais Belacqua est aussi une figure attachante d’humanité, de lâcheté, de sincérité. L’humour l’emporte sur la tragédie. La vie est plus forte que le désespoir. Belacqua aide à comprendre Beckett : une philosophie de la résistance, une jubilation exubérante bien loin des idées convenues et morbides que l’on prète trop souvent à l’auteur de Fin de Partie.

Une histoire simple
Belacqua tente de lire la Divine Comédie...Béatrice au Paradis explique “les taches de la lune”. Dante ne comprend rien. Belacqua non plus. Sa “professoressa” d’italien est, elle aussi, en difficulté. Et puis il y a Winnie, l’Alba, Ruby, Sméraldina,Thelma..., les amours fantasques de Belacqua. Dante a Béatrice mais elle est si loin, inacessible au coeur triomphant d’une rosace. Le paradis de Belacqua est un livre, un livre toujours relu, insaisissable. Il est “coincé dans la lune...”mais peut-être un jour sa charmante “professoressa” lui expliquera...















Un petit air de Passacaille sur la cité. Un voyage théâtral : arrêt dans le jardin du Manoir, rencontre impromptue avec une amoureuse éplorée se lamentant à sa fenêtre, un petit tour sur les remparts à la poursuite d'une vieille lady anglaise et point final du périple, le château mystérieux baigné par le clair de lune où le public prend place dans une ambiance magique et surréaliste.
On peut se rendre compte combien le spectacle se fond dans le décor, exploite au maximum les possibilités offertes par le patrimoine de Sainte-Suzanne. Guidés par les comédiens, les spectateurs se prêtent avec un amusement manifeste à la déambulation à travers des ruelles et des chemins parfois tortueux. La mise en scène prend ici toute sa grandeur. Le Théâtre Alcyon peut se targuer d'avoir réussi son pari.

Florence Le Méhauté
Ouest-France, 6 Aout 2003



Castel Saint-Denis Egarez-vous 2002 d’après Beckett, Dante etc...

Paris 2003
d’après Bande et Sarabande de Beckett

Sainte Suzanne 2003
Festival des Nuits de la Mayenne

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